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Laurence Alias et Pascale Choime, vigneronnes passionnées à Arsac,

Closeries des Moussis, vins en Appellation Haut-Médoc, ou quand l’Alter-vin prend place dans le bordelais

Laurence Alias et Pascale Choime, vigneronnes à Arsac haut Médoc, Les Closerie des Moussis ©Ludovic Le Guyader

Il y a des rencontres sur les routes de France qui vous mettent le cœur en joie. Celle de Laurence Alias et Pascale Choime en est une et pas des moindres. Le vin, né de leurs chais, nous a réconciliés avec les vins rouges du Haut-Médoc. Trop standardisés, trop boisés, trop tanniques… Les vins du Haut-Médoc  avaient fini par nous éloigner de cette région au riche passé viticole.

Repérées par notre expert en vin, Les Closeries des Moussis avaient réussi à se frayer une bonne place dans le Guide de l’Alter-Vin de Monsieur Septime et de Laurent Baraou. Un guide qui,  soit dit en passant, ne devrait jamais quitter votre voiture si vous êtes amateur de vins, novice ou éclairé, et qu’il vous plait de sillonner la France à la recherche du vin perdu… Cette parenthèse ainsi fermée,  nous voilà partis à la rencontre de ces vigneronnes hors du commun et des sentiers battus.

Le Domaine « Les Closerie des Moussis » a vu le jour en 2009 suite à un véritable coup de foudre de Laurence et Pascale pour une parcelle à louer, plantée de pieds de vigne centenaires « On a pas hésité une seconde,  même si, il est difficile de s’installer ici sans être issue d’une famille propriétaire, pouvoir travailler des pieds de vigne qui ont résisté au phylloxera, c’est juste incroyable » s’enthousiasme Laurence.

Toutes deux issues du monde agricole, les parents de Pascale installés en Charentes Maritimes cultivaient de la vigne pour le Cognac et Laurence a été élevée dans le Gers, pas dans les vignes, mais dans la culture de l'ail rose et du melon charentais. Elles suivent toutes les deux un cursus agricole, mais choisissent chacune des voies différentes. Pascale opte pour l’œnologie et Laurence à Toulouse fait une école d’ingénierie en agriculture. Depuis plus de 20 ans, Pascale est Maître de chais pour un cru bourgeois du Haut-Médoc, et Laurence s’est tout de suite investie dans le conseil aux entreprises en développement durable et sur l’écologie. 

Comment avez-vous démarré votre formidable aventure ?

« Depuis que je suis arrivée dans le Haut-Médoc, j’avais le projet d’avoir un vignoble », nous explique Laurence. « Notre projet, faire du bon vin, dans de bonnes conditions et prouver qu’il est possible de travailler la vigne dans le respect de l’environnement. »
« Pour nous lancer, Pascale était plus que crédible, après avoir passé près de 25 ans dans la vinification. »

« Nous cherchions des vignes à louer, oui parce que des vignes à acheter dans le Haut-Médoc c’est rare et coûteux, comptez 100 000 euros l’hectare. C’est donc un ami vigneron qui nous a mis en contact avec  le propriétaire de ces vignes centenaires. Et pour nous c’était une évidence. Il y a sur cette parcelle des trésors de vigne » nous explique Pascale.

« Notre première cuvée a vu le jour en 2009. On a fait gouter notre vin à des amis vignerons et le résultat était semble t’il plutôt convaincant. Depuis nous fabriquons des vins de Haut-Médoc « pas prise de tête » et dans un esprit d’agriculture raisonnée.
Nous avons maintenant 1,8 hectare de vigne et proposons plusieurs cuvées, dont la Baragane (nom des poireaux de vigne) issue des vieilles vignes. »

Comment avez-vous été accueillies, deux femmes vigneronnes en biodynamie dans le Haut-Médoc ?

Pascale : Je vais vous raconter une anecdote, c’est véridique ! Une fois j’étais avec le Cheval dans les vignes et j’ai croisé un viticulteur d’un château voisin en train de travailler sur son tracteur. Il m’a vu, m’a m’interpellée et m’a demandée « Vous travaillez pour M.X ? » et moi « Non, je loue ses terres » « Ah ! Alors vous faites quoi ? Des loisirs créatifs ! ». Ca résume bien comment les gens nous ont perçues au début.

Cette appellation n’est pas très portée sur les vins Bio et encore moins les vins dits « nature ». Sur Arsac, nous sommes 3 domaines a travaillé en biodynamie. De plus, il n’y a pas beaucoup de femmes vigneronnes sur cette appellation.

Laurence : Je crois qu’au début on nous a pris pour des extraterrestres. Deux femmes, un cheval dans les vignes, sans désherbant, ni pesticide et une utilisation très raisonnée de soufre et de cuivre. Pour couronner le tout, nous sommes deux femmes. Pas facile au départ d’être prises au sérieux, mais je pense que maintenant on nous accepte en tant que professionnels du vin et c’est déjà une victoire !

Laurence Alias, vigneronne à Arsac haut Médoc, Les Closerie des Moussis ©Ludovic Le Guyader

Qu’est-ce qui vous a motivé pour faire des vins dits « nature »
Pascale : L’expérience de nos parents qui ont mis en danger leur santé avec l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides qui étaient fortement recommandés dans les années 70, pour toujours plus de productivité, au détriment du goût, de l’environnement et de la santé.
Je ne veux pas m’empoisonner en travaillant et encore moins en buvant mon vin.

Laurence : Nous voulions un vin qui soit le plus représentatif du raisin. Le plus proche du goût du raisin que l’on croque, le plus fidèle à sa nature.
Surtout ne pas se trahir et rester droites dans ses bottes !

Pourquoi en ce début août, vos vignes poussent un peu dans tous les sens à côté des rangs de vignes voisines alignées comme des militaires au garde à vous ?

Pascale : C’est parce que nous préférons rogner (couper) la vigne le plus tard possible. Nous préférons que la vigne décide d’elle-même d’arrêter de faire des feuilles pour qu’ensuite, elle se concentre sur le raisin. Si on rogne trop tôt, la plante ne comprend pas et recommence à faire des feuilles. Sur certaines parcelles les vignerons coupent pour aérer la vigne et éviter la propagation de champignons comme le Mildiou.

Dans votre quotidien êtes-vous des Alter-consommatrices ?

Laurence : Nous allons le moins possible au supermarché et nous achetons essentiellement local. Nous avons la chance d’avoir un bon boulanger et bon boucher à Arsac. Pour nos fruits et légumes nous passons soit par des maraichers, soir par une AMAP.

Nous achetons du fromage de brebis à un éleveur installé à Sénejac mais qui va bientôt devoir déménager. 

Nous avons des toilettes sèches, on fait bien sûr du tri sélectif et évitons au maximum le gâchis et la surconsommation. Par contre nous sommes connectés et ne vivons pas comme à l’âge de pierre.

Quels vins vous chavirent ?
Laurence : Saint-Joseph, un Côtes du Rhône de La ferme des 7 Lunes et bien sûr un verre de Baragane, notre cuvée extraite des vieilles vignes.

Pascale : Un verre de Tokaï, un vin liquoreux hongrois qui a été pour moi une révélation. Un vin magique et vraiment unique. C’est liquoreux mais aussi porté sur l’acidité. J’aime aussi les vieux Porto.

Votre accord parfait ?
Pascale : Un poulet aux morilles accompagné d’un vin jaune. Un vieux Porto avec un chocolat ou bien encore un Porto blanc avec du foie gras.

Laurence : Un vin blanc Savagnin sur un bon morceau de fromage Comté.

Avez-vous de bonnes adresses ?
La Boucherie Eric LARRAZET à Arsac,  on y achète des charcuteries et des préparations faites maison, des viandes maturées. C'est un vrai passionné !

2 Place Camille Godard - 33460 Arsac - Tél. 05 56 58 80 49

Restaurant La Gare Gourmande à Labarde sur la route des châteaux, on peut même y amener sa bouteille de vin.
3, Routes des Chateaux, Labarde, 33 - Tel : 0556359238

Restaurant le 1902, ouvert par la famille Nadalié qui perpétue depuis 5 générations l’Art de la Tonnellerie. Ce restaurant propose uniquement le midi, une carte avec des produits de saison.
33290 LUDON-MEDOC, Tel:+33(0)5.56.69.80.45

Laurence Alias et Pascale Choime, vigneronnes à Arsac haut Médoc, Les Closerie des Moussis ©Ludovic Le Guyader

Interview J’aime / J’aime Pas (Pascale et Laurence nous répondent ici d’une seule voix !)

J’aime / J’aime pas les machines à Azote pour vins qui envahissent les restaurants ?

J’aime ! Je trouve ça très bien, car cela permet de goûter différents vins et de donner un espace de liberté au consommateur. Plus besoin de décider, du blanc ou du rouge, chacun peut prendre ce qui lui fait envie ou ce qui va le mieux avec son plat. Et en plus cela n’altère en rien la qualité du vin.

J’aime / J’aime pas les restaurateurs qui margent à 500% sur les vins ?

Je n’aime pas. Je ne comprends pas les restaurateurs, aujourd’hui ils n’ont plus besoin de stocker les vins et au final ils ne font rien dessus, pas de transformation, ni affinage, juste ils conseillent sur les accords et encore pas tous !

J’aime / J’aime pas la nouvelle règlementation européenne sur les vins Bio ?

Je n’aime pas, parce que c’est un nivellement par le bas. Il y a pas mal d’entrants qui sont autorisés. On a l’impression qu’on ne peut pas faire de vin sans entrant. Là on touche aux limites du cahier des charges.
De toute façon, nous allons plus loin que le Bio. Nous travaillons on Biodynamie pour proposer des vins « nature ». La différence entre les vins Bio et Nature, c’est que pour les vins Nature on ne met aucun entrant sauf du SO2 et en faible quantité.


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